te dire
l'eau-vive à la méditation de cailloux
ce rêve d'or pâle, d'agneau et de Durance

te dire tout autant
la grande ruée bleue sur la pierre de patience
cette étouffée de pluie qui prend la nuit
l'arête écorchée des saignantes falaises

te dire encore
partis du même refus
le glas sifflant de l'ardoise au couvreur d'horizons
l'inutile cahier et ses brouillons savants

je veux te dire
la maison borgne qui consent au midi
ce sentiment de paysage et de vent brut

te dire aussi
les draps pudiques à l'ombre moite
ce fraîchin âcre au saillant de l'étreinte
tout le frais de tes mots au creux de mon épaule

et pour te dire au moins
ce pays doux de toi
où toujours il y a
un bout de chat qui passe

je veux te dire enfin
ce qui semble aux autres un minuscule absurde
ce moment d'entre nous
et sa part d'infini égratignant le monde

attends, je veux te dire