Mon nom ne te dit rien,
dans ses jardins de Nuremberg, la bête furieuse brûle encore les livres,
les lèvres indésirables se sont tues
ceux qui restent, furent dressés à ne voir que ce qu’il y avait de pire

 « Arbeit macht frei »

le devenir, ne fait plus penser à rien d'autre qu'au passé qui s’ouvre.
l'enfer en deuil tapisse sa victoire tranquille, mille saisons hors du temps et encore l' éclat sournois des pourquoi,
au "cimetières des vivants” la confusion finale,

 l'unité de la Folie 

Soumettre ses jours à portée de chien,
rester ce nombre indigo aux chiffres éternels
s’occuper les mains pour mieux bâcler la nuit,
se réfugier dans l'océan glacé du souvenir
mettre en petits tas la misère grise,
au pied du grand orchestre embaumé de rancoeurs originelles

  trébucher sur d'autres polonaises 

contre les murs d'épines, nous avons plié sagement nos voix, fidèles et démesurément vulnérables
un chandelier d'offrandes païennes brûle encore la chair et sa peau de zèbre
choeur d'ombres ruisselantes d'horreur qui écorchent l'âme aux 7 branches ancestrales
répondre à la question que personne ne pose,

   combien de noms sur cette liste ? 

des yeux sans paupières, fixant pour l'éternité les entrailles horizontales du monde
pousser plus loin toujours les restes et les creux qui cherchent un repli sur des planches mutantes
L'étreinte de camphre au ventre du typhus
la montagne de cendre qui recharge le ciel de petits agneaux noirs
essentiel, comment survivre avec ce squelette au fond de soi qui ne demande qu'à sortir ?

   n'en plus finir de s'imiter soi même 

la trahison contagieuse, l'espoir famélique comme une syncope Giacometti,
et ces fragments éparpillés qui se souviennent, hiérarchie de la faim, d'où se sont échappées les étoiles du monde
qui ne savaient rien dire sur des textes qu'elles n'avaient pas écrits

   «le destin est sans morale»  

The stars will remember the gold,
the sun will remember the shoes,
the moon will remember the skin.
But who killed the Jews,

(Riddle- William Heyen 1940)