Bella ciao
Par ez le mardi 12 août 2008, 09:22 - Texte - Lien permanent
il était ouvrier, fils d'ouvrier, réfugié espagnol,
à ce qu'on disait,
pas grand chose, trois fois rien
toujours mieux que rien mais...
guère plus,
la guerre justement !
Ypres, Bruges ou Knok-Le-Zout
elle revenait des Flandres par une plage de 68
ils avaient la classe ouvrière chevillée au coeur
beaux comme des dieux les soirs de frime où ça gueule et ça roule
dans les valses noyées de houblon que l'accordéon dispute au mâchefer de
l'humanité
on se prend la langue sur la terre promise qu'on désosse à coups de
faucille
on se forge à coups de marteau d'infinies et turbulentes
perspectives
l'exil, jusqu'au petit matin blême
Bella ciao
elle, voulait cracher sa vie
sa révolution,
son grand soir,
comme on cache un rictus et de vieux corps à corps
qui jamais ne cicatrisent
les souvenirs d'un autre,
l'autre justement !
celui qui se souvient
le Quotidien du Peuple, le flot mouvant des multitudes
elle avait gagner le droit d'être belle et frottait chaque jour son amour
propre à ce papier journal pour ne pas oublier et y voir plus clair
marchande de cycle,
elle pompait dans l'air du temps ce souffle ordinaire
mais gardait dans sa chevelure abondante et corbeau un parfum de mystères et
une odeur forte de colle à rustine
il la suivait, silhouette folle qui semblait glisser sur l'écume et la
mousse du canal, redessiner son vieux tatouage
relever l'ancre sans plus y croire vraiment
comme un mirage
la pluie de charbon et d'acier avait creusé la brique nue du long
faubourg
le béton des villes noires, lui, continuait à ne se souvenir de rien
les ciels crasseux de novembre avaient fini par lessiver le bleu de ses
yeux
pâle était le jour et la nuit, le plein et le creux...l'usine
la sirène aux cent mille chiens hurlants finirait bien par se taire
et déchirer un peu plus encore ce qu'il restait de leur vertu
désobéir est un devoir...
Commentaires
Plus profond que l’histoire, à cheval sur cette cicatrice béante qui séparent deux mondes , le poète est un agent de liaison, un rapporteur de terrain, pour que l’oubli ne fasse pas disparaître sous son insipide manteau, un siècle entier et ses idéaux broyés dans l'implacable machination du profit contre les convictions, à qui on a laissé des dos brisés et du pain dur, des fiertés perdues et des murs béants .
Ciao bella
preuve qu'on peut écrire de la poésie sur des idéaux assassinés, jetés dans le broyeur sans état d'âme, comme sur des amours trahies et mieux encore quand celui qui l'écrit a derrière lui, des millions de voix rendues muettes pour l'inspirer et assez de coeur pour encore les entendre !
cette bataille est perdue mais d'autres pointent leurs nez Y aura t il assez d'âmes fortes assez de solidarité pour relever les nouveaux défis ? En lisant Ciao Bella, n'oubliez pas :
"dans les valses noyées de houblon
pâle était le jour et la nuit, le plein et le creux ... l'usine
désobéir est un devoir... "